
On croit souvent que les leaders sont ces êtres au-dessus du temps : ils enchaînent les réunions, tranchent, décident, se déplacent, avancent — comme si leurs journées contenaient plus d’heures que les nôtres.
Mais, derrière l’image, il y a une vérité immuable :
nous avons tous les mêmes 24 heures.
La différence ne se joue pas dans la quantité… mais dans la manière de s’en servir.
Un dirigeant me confiait un jour :
« Je ne manque pas de temps. Je manque de choix. »
Car gérer son temps, ce n’est pas remplir, optimiser, accélérer. C’est discerner, prioriser, renoncer parfois. C’est l’art délicat de décider où mettre sa lumière.
Pendant des années, Julien, jeune directeur, a cru qu’il pouvait tout porter. Il s’était fait une réputation : celui qui répond vite, qui se rend disponible, qui prend en charge ce que les autres laissent traîner. Il en tirait une certaine fierté — jusqu’au jour où il s’est senti écrasé. Chaque soir, en quittant le bureau, il avait l’impression d’avoir couru toute la journée sans vraiment avancer. Tout était urgent. Rien n’était important.
C’est à cet instant qu’il a commencé à questionner sa façon d’habiter le temps.
Il a découvert que l’efficacité n’est pas un sprint. C’est une respiration. Un rythme. Une posture.
Voici 4 méthodes concrètes qu’il a intégrées — et qui ont transformé son rapport au temps.
Julien réalisa que son temps était aspiré par l'urgence — les messages instantanés, les demandes de dernière minute, les « tu as cinq minutes ? », les problèmes que l’on lui déposait sur le bureau comme des colis piégés.
La matrice d’Eisenhower lui a offert un premier filtre :
séparer l’urgent (ce qui appelle une réaction immédiate) de l’important (ce qui sert le long terme, le sens, la vision).
Il dressa une feuille à quatre cases.
Il y inscrivit chaque tâche, chaque sollicitation.
À sa grande surprise, l’essentiel — ce qui avait du sens pour lui, ce qui l’aiderait à développer son équipe, pérenniser l’activité, clarifier les objectifs — n’était presque jamais dans la partie « urgente ».
Il se rendit compte qu’il courait après des feux de paille, tandis que les braises du futur refroidissaient.
En priorisant l’important, même sans urgence, il reprit la main.
Il donna de la place au stratégique, à la réflexion, à la relation de fond. Son agenda devint un terrain qu’il cultivait… plutôt qu’une terre brûlée qu’il subissait.
La deuxième clé fut d’apprendre à sanctuariser son temps.
Non pas pour s’isoler du monde — mais pour s’offrir des espaces pleins.
Julien commença par identifier les moments où il était le plus créatif, le plus concentré. Puis il bloqua ces créneaux dans son agenda, comme des rendez-vous sacrés. Rédiger un plan stratégique, réfléchir à la structuration de son équipe, préparer ses décisions importantes.
Ce temps n’était pas « disponible ». Il était réservé — à lui, à la vision, au sens.
Au début, il se sentait coupable. Puis il comprit : « Ce que je protège, je le fais grandir. »
Il découvrit qu’un leader n’est pas celui qui se rend disponible à tout le monde… mais celui qui se rend disponible à ce qui compte vraiment.
Protéger une heure par jour peut sembler minuscule. Mais, dans une année, c’est 200 heures de pensée claire. 200 heures qui peuvent changer une trajectoire.
Un jour, son mentor lui dit :« Tu n’as pas trop à faire. Tu fais trop toi-même. »
Julien comprit qu’il confondait faire et accomplir. Il réalisa que, parmi ses tâches, seules quelques-unes avaient réellement de l’impact. Et que d’autres — parfois très nombreuses — pouvaient être déléguées, transmises, simplifiées.
Il adopta alors la règle des 20 % : focaliser son énergie sur les tâches qui génèrent 80 % de la valeur.
Tout le reste ?
Déléguer. Documenter. Automatiser. Ou simplement… abandonner.
Il identifia ce qui avait un vrai levier humain, stratégique, relationnel. Puis il transmit le reste à ses équipes — non pas comme un déchargement, mais comme une opportunité de grandir.
Cette règle l’allégea, mais surtout, elle renforça son équipe. Chacun y trouva sa place, sa responsabilité, son champ d’action.
Un leader efficace est celui qui développe les autres — pas celui qui fait tout à leur place.
Julien découvrit enfin la puissance du rituel hebdomadaire. Chaque vendredi, il prenait 20 minutes. Juste 20 minutes. Pour se poser, relire sa semaine, prendre du recul.
Il se posait quelques questions simples — presque toujours les mêmes :
Ce moment devint une boussole. Une respiration entre deux vagues.
À travers ce rituel, il se découvrit non plus en simple exécutant… mais en auteur de son temps.
Et, semaine après semaine, son agenda cessa d’être une succession de rendez-vous. Il devint une narration. Un mouvement. Un choix.
Il ne s’agissait plus de courir. Il s’agissait d’avancer.
Julien, comme beaucoup, avait cru que l’efficacité était une affaire de vitesse. Il avait appris qu’elle était une affaire de priorité.
Gérer son temps comme un leader, ce n’est pas en faire plus.
C’est choisir.
C’est créer l’espace où l’on peut penser, décider, construire.
C’est renoncer à l’illusion du contrôle total.
C’est donner de l’attention aux bons endroits, aux bons moments.
Dans ce choix — parfois exigeant, parfois inconfortable — quelque chose se transforme :
une forme d’élégance tranquille, un alignement entre l’action et l’intention, une clarté qui apaise.
Ce n’est pas la maîtrise du temps. C’est l’art d’habiter pleinement ce qui compte.
Car, au fond, le temps n’est jamais gagné ni perdu.
Il est offert.
À nous de décider à quoi — et à qui — nous voulons l’offrir.
À lire sans urgence. À laisser infuser. À partager.